Hôpital : l'erreur est humaine, persévérer dans l'erreur est criminel.
La vérité et la justice animent le cœur des hommes.
Le besoin de vérité préexiste et prévaut sur le besoin de justice. Dans le domaine de l’erreur, médicale par exemple, la victime a, avant tout, besoin que l’erreur soit reconnue. Lorsque c’est le cas, sincèrement de la part de celui qui en est l’auteur, la justice n’est pas toujours appelée pour réparer ; la reconnaissance suffit parfois à la victime pour entamer son deuil et son processus de réparation.
La reconnaissance de ses erreurs est un signe de grandeur et de maturité ; elle appelle aussi à l’identification à son altérité (chacun de nous peut faire une erreur) et favorise le possible pardon.
« C’est d’être mauvais et injuste qui vous met à terre, c’est d’être bon et juste qui vous grandit ! »
(Sophie Rostopchine, Comtesse de Ségur, La fortune de Gaspard, 1866).
La justice intervient en second lieu en tant qu’arbitre si la vérité n’est pas avouée. Elle est réparatrice dans sa dimension d’attribution des places tant au bénéfice de la victime que de l’auteur des dommages. À défaut, ni l’un ni l’autre ne peuvent « réparer », c’est-à-dire faire le deuil, compenser, digérer la culpabilité, soulager la conscience.
Elle est l’autorité supérieure qui garantit l’égalité devant la loi, assure la punition, décourage les mauvais comportements, protège les plus vulnérables et veille aux dérives de l’État, de ses institutions et de ses citoyens.
Ce faisant, elle évite la violence et permet la confiance en une société stable, sécurisée, morale et respectueuse des valeurs communes. Elle permet de vivre en paix et en harmonie.

Le témoignage :
Selim Mahdadi se bat depuis 8 ans. Son père, Abdelhamid Mahdadi, a été victime de graves manquements à l’hôpital d’Antony, graves manquements qui ont conduit au décès alors qu’une prise en charge réelle aurait pu lui sauver la vie.
Le 5 mars 2018, en fin d’après midi, son père, âgé de presque 73 ans est pris de violentes douleurs à l’estomac, douleurs qui persistent jusque dans la soirée. Selim décide alors d’emmener son père aux urgences et, sur le trajet, les douleurs empirent et gagnent le thorax, avec des difficultés à respirer.
À leur arrivée, ils sont informés qu’ils devraient être pris en charge rapidement car le service n’est pas, à ce moment, débordé. Ils attendent une heure et alors que les souffrances de son père ne cessent d’empirer, Selim se manifeste auprès de l’infirmière qui lui signifie qu’il y a du monde et qu’ils doivent patienter encore. Elle va tout de même emmener son père mais ne fera que lui prendre les paramètres vitaux pour le ramener en salle d’attente et lui dire de patienter. Selim est rassuré car, sur le moment il pense que s’il a été ramené en salle d’attente c’est que l’état de son père n’est pas jugé critique. Cependant l’état de son père se dégrade et une heure plus tard l’infirmière revient alors, dans une attitude plus douce et leur confirme qu’au vu l'électrocardiogramme, il est pris en charge. Ce changement d’attitude amène Selim à être suspicieux. Le médecin, le Dr T., lui confirme qu’il s’agit d’un infarctus et qu’ils vont faire des examens approfondis pour évaluer l'étendue des lésions du cœur.
Sur les conseils du Dr T., Selim rentre chez lui mais il ne peut trouver le sommeil. Au matin, il rappelle le Dr T. qui lui annonce qu’il n’y a pas d’espoir car le muscle cardiaque est trop atteint. Ce « c’est la fin » est d’autant plus violent qu’il fait suite à un « ne vous inquiétez pas, on le prend en charge ». Le Dr T. n’aura pas pris la peine de les contacter dès confirmation du diagnostic.
Selim se rend à l’hôpital avec les membres de sa famille. Il demande si son père peut être transféré dans un établissement spécialisé qui, peut-être, pourrait lui venir en aide. Le Dr T., sûr de lui, refuse et confirme qu’il n’y a plus rien à faire.
Avec sa famille, Selim demande au médecin de préciser la pathologie exacte de son père. Ils explorent ensuite sur Google : « insuffisance du ventricule gauche du cœur » et réalisent qu’il est possible de remplacer momentanément le cœur d'une personne grâce à l'ECMO : assistance mécanique du cœur ou encore d'une machine spécifique : LVAD (left ventricule assistance device).
Le Dr T., qu’ils questionnent, les détourne de cette possibilité ; cependant les infirmières glissent à Selim qu’ils ont raison d’insister pour demander le transfert. Ils décident d’envoyer un courriel au professeur Leprince de la Pitié Salpêtrière le suppliant de bien vouloir examiner le dossier de leur père et leur confirmer s’ils se leurrent. « Nous n’espérions pas une réponse mais il nous répond, nous reçoit même et confirme que mon père est transférable et éligible au bénéfice de cette machine. »
Il faudra que Selim appelle le Professeur Leprince et passe son téléphone au Dr T. pour que celui-ci change d’avis et accepte le transfert.
Selim retrouve alors son père, nu, attaché sous le prétexte qu’il se tordait de douleur. « Un traitement inhumain », confirme-t-il.
Six jours se sont écoulés. Le lendemain du transfert, Selim retrouve son père, il bénéficie de l’ECMO, que l’hôpital d’Antony n’avait ni proposé ni mis à disposition. Il a bonne mine, il va bien et mange. Son père va ensuite être opéré, puisqu’il est éligible – c’est-à-dire que sa pathologie le justifie – à l’utilisation au LVAD qui permettra de remplacer le fonctionnement du ventricule défaillant.
L’opération se passe bien mais le lendemain survient une défaillance multi-viscérale, défaillance générale des organes, dûe aux 6 jours durant lesquels il est resté sans soins appropriés, ainsi que l’ont indiqué le professeur Leprince et le médecin-conseil et expert : le Professeur Pascal Battistella. Le médecin leur explique alors que leur père est en train de partir et qu’il ne peut rattraper la situation. Leur père décède, Selim lui tient la main.
Des jours et des jours, la famille va devoir batailler pour obtenir le dossier médical, qui lui sera remis pièce par pièce, jour après jour, relance après relance et la famille y trouve maintes falsifications.
Selim laisse passer du temps, 3 mois et, retourne à l’hôpital d’Antony pour obtenir des explications suite à une réunion de médiation avec l’Hopital Privé d’Antony. Il veut comprendre pourquoi la prise en charge n'a pas été immédiate (un electrocardiogramme aurait dû être réalisé dès son arrivée aux urgences), comment le diagnostic a pu être si mal posé, le traitement refusé, … avoir des explications, comprendre… il en a besoin, absolument. Selim est pris de haut, sa douleur est raillée, son besoin de comprendre totalement dénié.
Une telle violence dans l’indignité du personnel de l’hôpital le décide à ester en justice.
D’abord la CCI (Commission de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux) ; une perte de temps car le médecin va nier son erreur de diagnostic, son refus de transfert, il ment. Là, Selim et sa famille comprennent sans aucun doute possible, qu’il veut se couvrir. Mais ici l’expert fait partie du groupe -Ramsay- dans l’hôpital ; incompréhensible pour toute justice, même ordinale, qui se doit d’être impartiale et donc de rejeter tout conflit d’intérêt. L’avocat lui-même n’en revient pas et décide de basculer sur une demande d’expertise judiciaire. Mais cet expert, nommé, se révèle incompétent dans le domaine. Il va appeler Selim « docteur » à plusieurs reprises car c’est bien Selim qui doit lui expliquer ce que sont l’ECMO et le LVAD, l’expert ne connaît pas !
Selim qui, lors de l’expertise judiciaire du 11 mai 2021 pose des questions et conteste les mensonges. L’expert le prie de se taire ! Ce même expert dont le rapport ne confirmera aucune responsabilité de l’hôpital et du Dr T. et niera une possible perte de chance de survie liée à la prise en charge.
Le Professeur Pascal Battistella, consulté par l’avocat de la famille et spécialisé dans le domaine cardiaque, confirme que jamais les choses n’auraient dû se dérouler ainsi. Six experts privés et indépendants que la famille va engager ensuite le confirmeront ; ils estimeront la perte de chance de survie de son père entre 30 % à 50 %.
Plusieurs médecins qui ont confirmé l’analyse ont avoué à Selim ne pas pouvoir intervenir par peur de représailles tandis que sera évoqué, la suspicion de collusion entre certains experts et les compagnies d’assurance.
Selim dépose plainte au pénal en mars 2024 ; elle est jugée recevable (ordonnance du 29 juillet 2024). Le 29 juillet 2026, c’est la fixation de la consignation et la désignation des parties civiles : Sélim, son épouse et sa mère. Les auditions ont eu lieu. En août 2026, une information judiciaire pour « homicide involontaire » a été ouverte et va donner lieu à de nouvelles auditions.
Cela fait 6 ans que le parcours judiciaire a commencé. Depuis 2018, la vie de Selim a basculé, sa santé physique et psychologique ont fortement (et évidemment) pâti de ce stress continuel, de ces maltraitances, de ces mensonges, ce déni de justice tandis qu’il ne peut toujours pas faire son deuil, regarder une photo de son père et peut-être être délivré d’une certaine charge de culpabilité.
L'interview de Selim sur le média Pluriel : https://www.youtube.com/watch?v=OlZJKpx4MP0
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