16 septembre 2026
Littéraire

Rencontre avec Stefan Zweig

Récemment me fut offerte une collection de livres parmi lesquels plusieurs ouvrages de Stefan Zweig. Il me souvenait que son nom fut cité à plusieurs reprises par des auteurs contemporains et je décidai donc d’entamer un premier ouvrage, La pitié dangereuse.

Dès les premières pages, le lecteur – moi en l’occurrence – est littéralement séduit d’abord, puis happé par les mots imprimés, ces mots que Stefan Zweig tisse en phrases élégantes, en descriptions puissantes et si savamment dosées que l’on pourrait légitimement se croire sous le coup d’un sortilège. En quelques minutes, ce ne sont plus des mots que l’on lit mais une voix que l'on écoute, comme celle d’un conteur qui vous transporte corps et âme dans un autre monde, le sien.

Il suffira de quelques pages pour comprendre l’engouement qu’a suscité cet auteur. Vous ne pourrez pas lire un livre de Stefan Zweig, vous ne pourrez que vivre ses histoires, plonger dans les cœurs palpitants, dans les corps exaltés ou souffrants et dans l’intimité profonde des âmes de ses personnages.

Ses amis disaient de lui qu’il était un homme généreux, un ami fidèle, un fin observateur doué d’une grande finesse psychologique. Ses contradicteurs ou ennemis ne trouvèrent à railler que son pacifisme jugé naïf et son refus d’engagement politique.

À mon sens, ce qui fait le trésor de ces œuvres et la magie de son style, pourrait venir de ce que Stefan Zweig n’écrivit qu’avec son cœur, humblement dévoué à son personnage, son histoire. Il déploya tous ses talents pour captiver le lecteur dans sa narration, pour animer les personnages au point qu’ils ne sont plus un nom dans un livre mais un ami, un proche ou un terrible vilain pour le lecteur lui-même. On ne peut douter que son intention soit pure, dénuée de leçon de morale, de prétention littéraire, de rivalité ou d’un objectif autre que le plaisir du partage. Néanmoins, ces récits amènent naturellement le lecteur à se questionner tel un philosophe sur les tréfonds de l’âme humaine.

Son intérêt et sa curiosité pour la psychologie viendraient-ils d’une grande et fine sensibilité ? Cherchait-il, par curiosité les confessions intimes ou les inspirait-il dans ce qu’il dégageait de bonté et de tolérance ?

Se brûla-t-il à sonder le cœur des hommes ? Écrivit-il tous ces textes, romans, nouvelles essais, pièces de théâtre afin de conjurer ce feu ?

Nous avons lu avec délectation les ouvrages qui suivent et pour lesquels nous posons quelques mots destinés à vous allécher et vous inviter à la découverte de cet auteur, sans toutefois en dire trop afin de préserver ce suspens si délicieux que Stefan Zweig excelle à susciter.

Nous compléterons la liste au fur et à mesure de nos lectures.

 

La pitié dangereuse ou comment elle précipite le destin d’un jeune homme sur la base d’une simple maladresse. Une histoire d’amour, de leçon de vie, de pouvoir et d’honneur.

Le joueur d’échecs dont la courte lecture est brûlante et dévorante et ne manquera pas de questionner le lecteur.

Conscience contre violence, qui met en scène la vie et le despotisme de Calvin, folie révélée mais aussi et c’est plus violent, ce regard sans jugement mais néanmoins implacable sur l’acceptation et l’obéissance absolue des citoyens genevois. La conscience qui s’exprimera à travers Sébastien Castellion (Sébastien Castellion, ou l'âme révoltée) à qui il rend ainsi hommage pour s’être opposé à Calvin avec ses armes pacifiques mais ô combien incisives : les mots, ceux de la tolérance et de la dévotion. Enfin, Servet, martyr et révélateur des extrêmes auxquels mènent la folie de la toute-puissance.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, pure adrénaline littéraire qui déchaîne les passions et nous plonge au seins de deux cœurs happés, tourmentés, vivants, brûlants.

Destruction d’un cœur, ce moment où tout bascule, une prise de conscience de sa vie et une douleur terrible mais tellement humaine.

Un soupçon légitime, où comme une vie entière bascule, inexorablement si tant est que l’on se demande si tout n’était écrit depuis toujours.

La Gouvernante, qui témoigne, à travers les silences, de la cruauté faite à l’amour. Le jeu dangereux où tel est pris qui croyait prendre et comment l’on peut se leurrer soi-même.

Conte crépusculaire et La ruelle au clair de Lune : deux contes de quelques dizaines de pages qui captent quelques moments de vie où l’amour fait rage, où l’amour emporte un instant pour le meilleur et tous les autres pour le pire.

Dostoïevski : quel hommage incroyable à cet auteur russe dont il retrace la vie, les tensions, les déchirements, « Produire c’est pour lui l’extase et le supplice, l’enthousiasme et l’accablement, la volupté devenant souffrance et la souffrance se changeant en volupté, le spasme continu, l’éruption permanente de sa nature volcanique. » (p. 102), « Dostoïevski, destructeur de l’unité, au dualisme invétéré, de pénétrer ce mystère, d’analyser définitivement le sentiment » (p. 122), « Chez Dostoïevski, l’âme est pur chaos »,  « Avant Dostoïevski nul ne nous avait montré ainsi le grouillement de nos sentiments, la complexité de notre âme. » (p. 127) « Qu’il est obscur le chemin qui mène à travers les profondeurs de l’âme de Dostoïevski, que son paysage est sombre, que son infini est écrasant… » (p. 153).

Le voyage dans le passé, un sentiment amoureux naissant mais vécu dans le déni qui soudain éclate et la guerre, l’éloignement et les années qui passent. Un souvenir ancré au plus profond qui va se confronter à la réalité. Un roman qui tient en haleine et chamboule au fond de soi.

Le monde d’hier, souvenirs d’un européen c’est une autobiographie qui vous séduira dans la traversée des époques auxquelles il a vécu, chargées de moments historiques forts que l’on revit à travers lui avec l’instantanéité du témoignage, ses rencontres aussi avec de nombreuses personnalités et ses voyages à travers l’Europe et l’Amérique du Sud.

Les très riches heures de l’humanité, 12 narrations de moments qui ont fait l’histoire et dont on ignore souvent tout comme l’auteur de la Marseillaise, ou le premier mot qui traversa l’Atlantique…

Sigmund Freud, La guérison par l’esprit, une petite biographie à la Stefan Zweig de son ami avec qui il échangeait beaucoup. Il témoigne de l’œuvre de Freud, de sa personnalité, de l’immense travail de ses recherches qui lui ont pris une vie entière mais aussi Stefan Zweig raconte la psychanalyse avec toute la finesse de sa plume et la perspicacité du in psychologique qu’il fut.

J’aimerais penser que je vous manque un peu, les échanges épistolaires avec sa secrétaire, Lotte Altmann qui deviendra sa deuxième épouse. Seuls les lettre de Stefan ont été publiées, celles de Lotte ayant disparu mais à travers elle, le lecteur vit ses années d’avant-guerre, les tensions, les incertitudes, les basculements, la migration des juifs fuyant l’Allemagne. Le témoignage qu’il apporte surprend le lecteur sur la façon dont Hitler a leurré l’Europe et l’Angleterre (Chamberlain) ainsi que la montée en puissance des mesures totalitaires dont le système s’est installé pour ensuite se refermer mortellement sur l’humanité.

Arthur Rimbaud, une très courte biographie rendant hommage à ce jeune poète et que Stefan Zweig aura contribué à faire connaître au public autrichien : « magicien de l’alchimie du verbe, fulgurance de l’instinct, héros de la liberté intérieure ». Stefan Zweig lui rendra aussi justice en révélant le détroussage, l’arrestation et l’expulsion dont il fut victime à Vienne et comment le statut de victime fut commué en celui de suspect.

Amok ou le fou de Malaisie, un roman très court dont la tension vous gagne dès les premières lignes tandis que la curiosité suscitée vous emporte dans cette déchirante aventure.

Lettre d’une inconnue, quelque 60 pages qui transportent le lecteur au sein d’un amour fou et qui « dénonce » la violence de l’indifférence que peut exercer celui qui regarde sans voir, entend sans écouter ou désire sans aimer.

Brûlant secret, un récit original et captivant qui relate les pensées, réflexions et les agissements d’un enfant qui découvre les mensonges d’adultes.

Nuit fantastique, une vie en apnée et sous anesthésie quand soudain c’est le déclic, la libération, la respiration.

Deux jumelles, ou « la route des excès qui mène au chemin de la sagesse » (William Blake) pour cette nouvelles de quelques pages.

Le combat avec le démon, trois récits de la vie des allemands : Heinrich Von Kleist, écrivain, Friedrich Hölderlin, poète et philosophe et Frédéric Nietzsche, philosophe. Le style reprend les tourments, les souffrances, les errances ; nul doute qu’il nous permet de partager les oppressions de ces personnalités.

La confusion des sentiments, un jeune homme, un maître à penser et les coeurs tourmentés dans une famille qui cache un secret. Quel talent dans la narration de ce coeur qui s'emballe, de l'incompréhension, des tensions et l'épilogue libérateur.

Amerigo, le récit d'une erreur historique, l'orginie du nom Amérique, Christophe Colomb ou Amerigo Vespicci, la Lorraine et la ville de Saint Dié, ... « Plus la pelote des méprises roule à travers le temps, plus elle s'embrouille.»

Lire Stefan Zweig c’est ouvrir son cœur : un conte n’a pas de genre seulement une vérité à offrir et un cœur pour l’entendre.


Diane

Recevez nos articles automatiquement

Tous droits réservés (R) 2023-2026